| INTERVIEW
DE MIHO CIBOT-SHIMMA
Thème : la genèse de ''L’Oiseau
Bonheur''
Film d'animation diffusé en France par les
films du Paradoxe
Courriel: films.paradoxe@wanadoo.fr
Tét.: 01 46 49 33 33
www.filmsduparadoxe.com
Comment est née l’idée de produire « L’Oiseau
Bonheur » ?
En 1986, j’ai assisté à la
première conférence internationale d'éducation
à la paix. Or, personne n’y a parlé de la bombe
atomique. C’est ainsi que j’ai constaté qu’en
France, il n'y avait aucun document audiovisuel traitant ce sujet
pour les enfants. D’ailleurs, les professeurs français
ne savaient pas comment en parler à leurs élèves.
Par conséquent, dans un premier temps,
j’ai effectué des recherches de dessins animés
au Japon, mais je n’ai rien trouvé qui corresponde
à mes attentes. Je ne cherchais pas une œuvre qui se
contente de parler de la tragédie de la bombe atomique :
pour moi, il était important de donner de l’espoir
aux enfants qui regarderaient ce dessin animé.
Par ailleurs, avant de commencer mes recherches,
je menais une action, la « campagne des 1000 oiseaux pour
la paix », visant à faire connaître l’histoire
de Sadako Sasaki et à enseigner le pliage de la grue. J’ai
été appelée à divers endroits, mais
peu à peu, je me suis vue obligée de refuser certaines
invitations, car il m’était impossible d’assurer
toutes les interventions que l’on me demandait.
Mes recherches infructueuses et mon expérience
auprès des enfants avec l’histoire de Sadako m’ont
donné l’idée de produire un dessin animé.
Pourquoi un dessin animé ?
Dans les années 80, les dessins animés
connaissaient un franc succès auprès des enfants,
qui pouvait en regarder sur presque toutes les chaînes de
télévision. Mais les adultes en avaient une mauvaise
image, notamment à cause de la violence de certaines séries
d’animation japonaise. De plus, à l’époque,
les œuvres de Miyazaki et Takahata étaient quasiment
inconnues en France. Ainsi, des œuvres de qualité ne
venaient pas contrebalancer la médiocrité au regard
des parents.
Je voulais créer un dessin animé
qui soit bon pour les enfants, volontairement didactique. J’imaginais
que le montrer aux enfants français permettrait aussi de
prouver aux parents qu’il existe des dessins animés
japonais non-violents et véhiculant des valeurs positives.
Quelles ont été les étapes
de la concrétisation de ce projet ?
Il m’était impossible de produire
un dessin animé seule. J’ai donc créé
l’association « Peace Anime no Kai » au Japon,
avec de nombreux amis.
A l’époque, réaliser une minute
de dessin animé coûtait environ 50 000 francs. Pour
obtenir l’argent nécessaire à mon projet, j’ai
d’abord donné des conférences dans tout le Japon.
A chaque conférence, j’ai collecté des dons
et trouvé des gens pour m’apporter leur aide, en créant
des comités de soutien.
Lorsque nous avons eu récolté un
tiers du budget, le réalisateur, Seiji Arihara, nous a annoncé
qu’il devait commencer à travailler à la réalisation
du dessin animé, car ses occupations ne lui permettraient
pas de le faire plus tard. Or, le travail ne pouvait réellement
commencer qu’une fois que nous aurions obtenu la moitié
du budget. Par conséquent, des amis proches et moi-même
avons avancé des fonds pour atteindre la moitié nécessaire.
La moitié restante a été avancée par
''Mushi Production'', le studio d’animation japonais employant
M. Arihara, et qui a pris en charge la création de ''L’Oiseau
Bonheur'' achevée en juin 1993.
Quand le dessin animé a été
terminé, "Peace Anime no kaï" a fait fabriquer
de nombreuses copies en format 16 mm, afin de les vendre à
des associations et des écoles japonaises. L’argent
de ces ventes a permis de rembourser tous ceux qui avaient avancé
des fonds, mais aussi de fabriquer des cassettes vidéo. Puis
avec l’argent gagné grâce aux ventes d’autres
copies 16 mm ainsi que de casettes vidéo, nous avons créé
une version française et une version anglaise, puis une version
16 mm sous-titrées en japonais pour les enfants sourds et
muets.
Comment s’est faite votre rencontre
avec le réalisateur M. Arihara ?
Pour choisir un réalisateur et un studio
d’animation, tous les membres de l’association ont visionné
de nombreux dessins animés réalisés au Japon
sur le thème de la paix. De nombreuses personnes m’ont
dit que Seiji Arihara était le réalisateur qui correspondait
le mieux à ce que nous cherchions. A l’époque,
il était en train de réaliser un long métrage
intitulé « Hi no ame ga furu », racontant l’histoire
d’une famille ayant vécu une attaque aérienne
de B-29 américains sur la ville de Fukuoka. Dans ce dessin
animé, les enfants sont très enjoués et dynamiques,
et d’une manière générale, cette oeuvre
fait ressentir au spectateur l’importance de la vie.
J’ai écrit à M. Arihara pour
lui demander de réaliser notre dessin animé. Il a
refusé à cause de son travail en court sur un nouveau
long métrage : « Ushiro no shômen dare ».
Toutefois, il m’a envoyé avec sa lettre, un article
qu’il avait écrit pour un magazine et expliquant comment
aborder la thématique de la guerre et de la paix avec les
enfants. Cela m’ayant confortée dans mon souhait de
travailler avec lui, j’ai insisté pour qu’il
réalise « L’Oiseau Bonheur » après
«Ushiro no shômen dare ». Sans être tout
à fait sûr de le faire, M. Arihara a commencé
à participer aux réunions de l’association et
au bout de quelques temps, il a fini par accepter.
Etant président du syndicat de l’audiovisuel
au Japon, il a fait lui aussi appel à ses connaissances pour
nous aider à faire avancer le projet.
Comment le scénario de l’histoire
a-t-il été écrit ?
Je me suis d’abord documentée sur
l’histoire de Sadako et de ses amis. Puis j’ai composé
un long poème sur cette histoire. Avec les membres de l’association,
nous avons ensuite discuté des messages et autres éléments
à ajouter à ce poème.
Mais quand M. Arihara a accepté de travailler
à la réalisation du dessin animé, je lui ai
demandé d’écrire un scénario. C’était
en 1991, en pleine guerre du Golfe. Le scénario proposé
par M. Arihara était trop éloigné de l’histoire
de Sadako et de plus, mêlant trois sujets tragiques (accident
de voiture du père de l’héroïne, guerre
du Golfe, Hiroshima), il était beaucoup trop triste. J’ai
alors écrit un nouveau texte, plus centré sur l’histoire
de Sadako et de sa statue, et M. Arihara a rédigé
un second scénario à partir de mon texte. C’est
ainsi que nous avons obtenu une première mouture du scénario
de « L’Oiseau Bonheur ».
Toutefois, avant de commencer le travail, M. Arihara
et un caméraman sont allés à Hiroshima pour
y effectuer un repérage. Ils ont constaté que certaines
scènes devaient être modifiées. C’est
ainsi qu’a été obtenu la version finale du scénario.
En ce qui concerne la séquence où
Tomoko et Sadako survolent la planète sur le dos de la grue,
au départ, je voulais que nous fassions apparaître
plusieurs villes du monde entier. Mais en raison d’un manque
de temps, nous avons choisi une seule ville, Paris, pour la simple
raison que j’y vivais. Cela ne signifie par que ce dessin
animé n’est destiné qu’aux Japonais et
aux Français ! Nous souhaitons qu’il soit diffusé
dans le monde entier. Ainsi, à l’heure actuelle, les
versions française, anglaise et japonaise sont montrées
dans soixante-douze pays différents, même s’il
s’agit souvent d’une distribution non commerciale.
Et la diffusion?
Réaliser un film d'animation dans ces conditions
n'est pas simple. Le diffuser ne l'est pas plus! De nombreux relais
associatifs y contribuent. Nous avons également réussi
à le monter dans plusieurs festivals et aussi aux Nations
Unies (New York), en novembre 1994. En 2004, sa prise en charge
par les films du paradoxe lui fait connaître un nouvel élan.
Il n'est pas démodé!...l'actualité lui donne
malheureusement trop raison!

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